Le XXe siècle est dominé par le refus de ce qui existe déjà. C’est un siècle de révolutions, de progrès techniques[1]  et de transformation dans les arts, les sciences humaines (psychologie, psychanalyse, sociologie, littérature, arts plastiques…), mais aussi un siècle historique riche en crises[2] qui ont remis en cause les fondements de la société occidentale (les « grandes boucheries » des deux guerres mondiales, le nazisme, le communisme…). Les jeunes, déçus par une telle société n’attendent rien d’elle ni de la religion en ce sens que le salut n’existe nulle part.  Cette attitude est symbolisée par des courants de pensée qui ont marqué le siècle : le mouvement Dada et le Surréalisme.

              I-  MOUVEMENT DADA[3] :

Du fait d’une situation de plus en plus inquiétante contre la civilisation occidentale depuis le milieu du XIXe siècle jusqu'à l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, la révolte des jeunes de cette époque se fait sentir dans les milieux intellectuels et artistiques occidentaux. Cette contestation s’est traduite par une remise en question radicale des modes d’expression traditionnels par Dada. Ce mouvement intellectuel, artistique et littéraire est né à Zurich en 1916. La contestation culturelle de Dada se manifeste par la provocation et la dérision au mépris de la raison, de la norme et de toute logique.  Selon les auteurs Dada, la pensée rationnelle et les valeurs bourgeoises étaient à l’origine de la Première Guerre mondiale. L’entreprise nihiliste des auteurs de ce mouvement se résume par ces mots :

« Il y a un grand travail destructif, négatif, à accomplir. Balayer. Nettoyer... Plus de peintres, plus de littérateurs, plus de musiciens, plus de sculpteurs, plus de religion, plus de républicains, plus d'impérialistes, plus d'anarchistes, plus de socialistes, plus de bolcheviques, plus de politiques, plus de prolétaires, plus de démocrates, plus d'armées, plus de polices, plus de patries, enfin, assez de toutes ces imbécillités, plus rien, plus rien, rien, RIEN, RIEN, RIEN ».

Bref, ils remettent en cause toutes les valeurs préétablies: famille, religion, patrie ; rejettent le passé et les critères esthétiques qui gouvernaient la culture et l'art traditionnels. Pour eux, le monde n’a pas de sens. Ses principaux foyers étaient Zurich, New York, Berlin, Cologne, Hanovre, Paris, le mouvement connaît son apogée avec Tristan TZARA, Man RAY, BRETON et sa fin avec la victoire de la dissidence surréaliste.

            II- LE SURREALISME :

         Ce mouvement littéraire et artistique est né en France à la suite de la révolte d’une société traumatisée par les horreurs ou « la grande boucherie » de la Première Guerre mondiale[4] qui a détruit les croyances humanistes et rationalistes. En effet, en 1922, André BRETON, déçu du caractère négatif et destructeur de Dada, rompt avec ce dernier et en 1924, publie le Manifeste du surréalisme[5].

 

          1- LE SURREALISME ET SA NAISSANCE

 

      Le mot est choisi en hommage à Guillaume APOLLINAIRE (mort en 1918). C’est lui qui avait utilisé pour la première fois ce mot dans son œuvre, Les Mamelles de Tirésias[6]Selon lui, il existe : « de vastes et d’étranges domaines/ Où le mystère en fleurs s’offre à qui veut l’accueillir » (La Jolie rousse). BRETON va plus loin : « Dans la littérature, j’ai eu pour inspiration Rimbaud, Jarry[7], Apollinaire et Lautréamont, successivement, mais c’est à Jacques Vaché que je dois plus ». Le surréalisme est aussi influencé par la psychanalyse et des théories de Freud[8] ; de Gérard DE NERVAL ; des symbolistes comme RIMBAUD qui préconisait le « dérèglement de tous les sens » pour devenir un « vrai voyant » ; de Charles BAUDELAIRE qui pose des jalons pour une recherche future:

                            « Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,

                               Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

                               Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ! » (Le voyage, 1861)

Les surréalistes s’intéressent également à la pensée de Karl Marx  qui veut « transformer le monde » (certains s’engagent politiquement au Parti communiste[9]).

               2-      LES PRINCIPES DU SURREALISME :

Les auteurs surréalistesont voulu révolutionner en même temps la vie, la littérature et l’art. Ils se dressent, au nom de la liberté, du désir et de la révolution, contre les conventions bourgeoises sur la société (tabous sociaux, religieux, moraux, sexuels) et  la logique. C’est-à-dire, ils veulent libérer l’homme des morales qui le contraignent, des règles ou esthétiques traditionnelles qui l’empêchent d’agir, nuisent à la force créatrice[10] et de la politique qui a amené le désastre de la guerre. Ces mots de BRETON en témoignent :

             « Comment veut-on que nous manifestions quelque tendresse, que nous usions de tolérance à l’égard d’un appareil de               conservation sociale, quel qu’il soit ? […] Tout est à faire, tous les moyens doivent être bons, pour ruiner les idées de familles, de patrie, de religion ». 

       Ils rêvent plutôt d'une société meilleure où les passions de chaque individu, libérées de toute répression, s'harmonisent pour le bien de tous ; un monde où la poésie, la liberté et l'amour règnent.

       Ils ont un goût pour la réalité supérieure cachée au commun des mortels (l’inconscient, l’imaginaire, le rêve, la folie…) par le biais de l’ésotérisme[11], de l’écriture automatique, du hasard[12]. Ils rejettent le passé[13] et refusent tout contrôle exercé par la raison.

                3-      MOYENS ET TECHNIQUES :

Les jeux collectifs  (les cadavres exquis[14], l’écriture sous hypnose, sous influence, la transcription des rêves…), le collage, le dessin automatique, le calligramme, les déclarations, les expositions, les revues, les tracts, les scandales, les manifestes, les  provocations[15], l’humour… sont des techniques utilisées par les surréalistes pour mêler le hasard et l’inconscient à l’écriture.

                4-      THEMES :

La femme et l’amour fou, le rêve et l’inconscient, la révolte, le suicide, la liberté, l’imaginaire, les phénomènes paranormaux ou inexpliqués, le merveilleux et le fantastique, les figures mythologiques….

           AUTEURS SURREALISTES : André BRETON, Philippe SOUPAULT, Louis ARAGON, Paul ELUARD, René CREVEL, Antonin ARTAUD, Benjamin PERET, René CHAR, Luis BUǸUEL, Salvador DALI, Robert DESNOS, Louis ARAGON, Paul ELUARD, Raymond QUENEAU, Joseph DELTEIL, Michel LEIRIS … 

 

             Des exclusions, des ruptures, des arrivées sont allées de pair avec son extension à différents domaines et différents pays ou zones géographiques (New York[16], Belgique, Tchécoslovaquie, Suisse, Grande-Bretagne, Antilles, Japon, Italie) jusqu'à la mort de BRETON. S’il s’est essoufflé en littérature, il se propage dans les disciplines artistiques notamment les arts plastique et visuel (peinture, musique, cinéma), la langue, la philosophie et la théorie sociale. En 1969, Jean Schuster, exécuteur testamentaire de BRETON, annonce la fin du SURREALISME.



[1] La Télévision, la voiture, la conquête de l’espace, l’informatique, mise au point de l’arme nucléaire….  

[2] Tensions entre Etats européens (France et Angleterre à propos du Soudan en 1898 ; entre la France et l’Allemagne à propos du Maroc en 1905 et 1911) ; crise économique venue des USA touche la France en 1931 puis se généralise dans toute l’Europe ; agitations sociales et économiques  (Chômage; crise économique et social de mai 1968 avec la révolte de la jeunesse ; les deux chocs pétrolier de 1973 et 1979); mouvements extrémistes…

[3] Le mot dada, en français, appartient au langage infantile et signifie « cheval » mais pour les artistes qui, autour de Tristan TZARA, fréquentent le café Voltaire à Zurich entre 1915 et 1922, dada est n'importe quoi. Il n’a aucune signification particulière. C'est en ouvrant au hasard un dictionnaire qu'ils tombent sur le mot « Dada » et qu'ils décident de nommer leur mouvement de la sorte.

[4] Elle cause plus de 08 millions de morts

[5] Le Second Manifeste du surréalisme est publié en 1930.

[6] Dans une lettre adressée à Paul DERMEE (mars 1917) apparaît pour la première fois le mot Surréalisme : « Tout bien examiné, je crois en effet qu’il vaut mieux adopter surréalisme que surnaturalisme que j’avais d’abord employé. Surréalisme n’existe pas encore dans les dictionnaires, et il sera plus commode à manier que  surnaturalisme déjà employé par MM. Les philosophes »

[7] Alfred JARRY

[8] Breton avait une formation en médecine et en psychiatrie ; il a servi dans un hôpital neurologique où il a utilisé les méthodes psychanalytiques de Sigmund Freud sur des soldats.

[9] Cela provoque des disputes, des querelles, des ruptures et le départ de quelques surréalistes (Antonin ARTAUD, Philippe SOUPAULT, Robert DESNOS, Michel LEIRIS, Louis ARAGON). En 1938, à cause de la 2e G.M., BRETON comme d’autres surréalistes s’exile à New York où un nouveau groupe surréaliste est formé.de retour à Paris en 1946, il fédère et fait vivre le mouvement jusqu’à sa mort en 1966.

[10] L’art étant vu comme moyen de libération et de révolution en opposition au symbolisme et au parnasse qui voient l’art comme une fin. Certains poètes négro-africains comme Aimé CESAIRE, René DEPESTRE adoptent un style qui les rapproche des surréalistes.

[11] moyen de connaissance de l'univers

[12] Forme  aussi de révolte, de libération de ce qui est déjà établi.

[13] En témoignent ces mots d’Antonin ARTAUD : « les œuvres du passe sont bonnes pour le passe. Elles ne sont pas bonnes pour nous ».

[14] Suit la formule grammaticale suivante: nom, adjective, verbe, COD, adjectif.

[15] “Nous n’acceptons pas les lois de l’Economie ou de l’échange, nous n’acceptons pas l’esclavage du travail, et dans un domaine encore large nous nous déclarons en insurrection contre l’Histoire” (Tract La Révolution d’abord et toujours).

[16] 2e Ville du surréalisme après Paris.